À une époque où les enfants de tout âge sont plutôt branchés consoles de jeux et réseaux sociaux, la popularité du kendama – un jouet traditionnel japonais en bois qui n’a pas besoin d’être rechargé 🙂 – pourrait sembler une anomalie. Et pourtant, aux Etats-Unis, les ventes augmentent depuis quelques années. Popularisé par les surfers, les skaters et autres amateurs de sports de glisse de la côte Ouest américaine, le phénomène commence à débarquer en Europe…

À quoi ressemble un kendama ?

Un kendama est un jouet en bois composé d’un manche en forme de marteau relié à une boule par une petite ficelle. La base du manche du kendama ainsi que les extrêmités de la traverse sont en forme de coupelle (cup) pour pouvoir accueillir la boule. Le bout du manche, en forme de pointe, permet d’y insérer la boule, laquelle est percée en son centre.

Jouet Kendama

Kendama traditionnel japonais

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Le kendama est composé de cinq parties :

  • La boule, ou tama, percée d’un trou central
  • Le manche, ou ken (signifiant « épée »), en forme de marteau
  • La traverse, ou sarado, semblable à un diabolo, avec ses deux coupes latérales
  • La ficelle, ou itogénéralement en nylon et longue de 38 cm
  • La perle, ou futome no biizu, une rondelle en plastique qui fixe la boule sur la ficelle et l’empêche de vreiller

La pointe du ken est ornée d’un pic (kensaki). Autour de la poignée du ken se trouve une butée d’arrêt (suberidome). À la base du ken, on retrouve la coupe centrale (chuuzara). Entre la coupe centrale et la butée de glissement est fixé un joint.

La traverse est constituée d’une petite coupe (kozara) et d’une grande coupe (oozara). Au milieu de la traverse se trouve un petit trou biseauté pour y faire passer la ficelle. Le trou dans lequel vient se ficher le ken est conique, pour s’adapter à la forme du ken.

Chaque coupe dispose d’un bord de renforcement appelé fuchi, l’objectif étant d’empêcher la traverse de se briser lorsqu’elle est touchée par la boule.

Comment jouer au kendama ?

Même si le kendama est, en soi, un objet simple, les pratiques sont illimitées. Pour jouer avec un kendama, il suffit de lancer la boule et de la réceptionner sur une des cavités (les coupelles), de la faire sauter d’une coupe à une autre, ou de faire en sorte que l’extrémité pointue du manche aille s’enfoncer dans l’orifice de la boule.

Initiation au kendama, au Japon

Initiation au kendama, au Japon

La figure la plus simple à réaliser consiste à placer la boule sur la plus grande coupe latérale. Au départ, laissez la boule pendre du ken. Lorsque vous êtes prêt, effectuez une petite impulsion en vous aidant des genoux, balancez la boule vers le haut et attrapez-la dans la coupe.

Les techniques plus avancées impliquent des enchainements, des jonglages et d’autres manipulations, qui, parfois, sont réalisées sans même utiliser les coupes ou la pointe.

Quelle est l’histoire du kendama ?

Il existait des jouets similaires au kendama avant que ne soit inventée la version japonaise. Un jouet appelé bilboquet (ou bilbouquet), auquel il manquait le sarado, était connu dans la France du 16ème siècle. Le roi Henri III lui-même s’adonnait avec passion à ce jeu d’adresse. On raconte qu’il se promenait dans les rues en tenant un bilboquet à la main, et qu’il était imité par la cour et par le peuple parisien. En réalité, on a trouvé trace de jeux d’adresse semblables aux quatre coins de l’Europe. En Grande Bretagne existait le cup-and-ball, en Allemagne le Kugelfang et dans les pays hispaniques une version du bilboquet appelée balero, encore aujourd’hui très populaire au Mexique.

Henri III et sa cour

Henri III entouré de ses mignons

Si le peuple Ainu, au Japon, revendique l’invention d’un jouet de type bilboquet, l’apparition du kendama remonte probablement à l’introduction du bilboquet français sur les terres nippones à la fin du 18ème siècle. Certains historiens émettent également l’hypothèse qu’il aurait pu être transporté dans les bagages du jésuite Saint François-Xavier, qui a posé le pied sur le sol nippon en 1549 (à Kagoshima) accompagné de frères et de serviteurs, pour une mission d’évangélisation de l’archipel… La porte d’entrée du kendama a sûrement été Nagasaki, car c’était le seul port ouvert au commerce extérieur à l’époque.

Pendant la période Tokugawa (1600-1868), le bilboquet était utilisé comme jeu d’adulte : celui qui ne parvenait pas à faire une figure avec la boule au bout de 3 à 5 essais devait boire un verre supplémentaire.

Pendant la période Meji (1868-1912), le kendama était particulièrement apprécié des femmes. En 1876, il est mentionné dans un livre faisant état des « amusements » de la gent féminine. La même année, le kendama est, pour la première fois, cité dans un rapport sur l’éducation des enfants par le ministère japonais de l’Éducation. Au cours de la période Meji, le jeu est également devenu de plus en plus populaire auprès des jeunes.

Au début du 20ème siècle, le kendama japonais s’est orné de deux coupes latérales et d’une coupe supplémentaire à la base du manche. Sa pointe a été aiguisée et il a pris le nom de Nichigetsuboru (« le soleil et la lune boule »). Les coupes sont une référence à la lune et la boule rouge évoque le soleil, deux éléments centraux de la culture japonaise. En 1919, Hamaji Egusa d’Hiroshima a déposé un brevet pour ce jouet.

Kendama rouge JKA

À l’époque, chaque kendama était fabriqué à l’aide d’un tour à bois et assemblé à la main, donc seules de petites quantités pouvaient être produites. Avec l’invention du tour à bois motorisé, les capacités de production ont été multipliées. En moins de 10 ans, le jeu s’est alors répandu dans tout le pays sous la forme qui est la sienne aujourd’hui. À la fin de la période Taisho, en 1926, les magasins de jouets de toutes les grandes villes japonaises proposaient un kendama dans leur rayon. Pour faire la promotion du jeu, des compétitions étaient organisées : les participants devaient se mesurer les uns les autres en réalisant 25 figures, sous le contrôle d’arbitres. Le vainqueur remportait alors un kendama « king size ».

Après la Seconde Guerre mondiale, le kendama est plus ou moins tombé dans l’oubli, mais la plupart des foyers japonais possédait encore ce jouet traditionnel. Au milieu des années 1960, le jeu a été redécouvert, cette fois par des adultes qui se réunissaient dans des clubs. Ils ont élevé le niveau technique du jeu, ont développé de nouvelles figures et ont contribué à un nouvel essor du kendama. Pour la première fois, la pratique s’est professionnalisée et le kendama a été considéré comme un sport à part entière.

Au fil du temps, le nombre de joueurs a augmenté, de nouveaux tricks ont vu le jour et d’autres formes de kendama sont apparues. Par conséquent, en 1975, Issei Fujiwara a fondé l’Association japonaise de Kendama, JKA. Il a standardisé la taille et la forme du kendama et a créé une licence autour de ces normes. Il a également défini un ensemble de figures de base, élaboré des règles pour obtenir des grades comme au judo ou au karaté (dan) et créé un cadre réglementaire pour les compétitions officielles tant au niveau local qu’au niveau national.

Trouver un modèle de kendama

Ces innovations ont rapidement fait du kendama un jeu apprécié par tous, peu importe leur âge. Depuis cette époque existe un classement officiel et des compétitions annuelles sont organisées. Sous le patronage du Ministère japonais de l’Éducation, des Sports et de la Culture, une compétition nationale d’élèves de primaire se tient chaque année. Les Masters officiels sont organisés par le JKA une fois par an et sont ouverts aux joueurs du monde entier.

Comme il existe une variété infinie de combinaisons, les adeptes du freestyle inventent sans cesse de nouveaux tricks et importent les techniques d’autres jeux, à l’image du jongle. Dans les pays asiatiques, cette forme relativement jeune et moderne du kendama se répand comme une trainée de poudre. En Europe et en Amérique, la version japonaise du kendama n’a été découverte que récemment, mais elle connait un succès grandissant. Une communauté internationale s’est formée et partage des tricks sur les réseaux sociaux. Des sites web spécialisés poussent comme des champignons dans le monde entier : la Chine, Taiwan, la Russie, la Pologne, la République Tchèque, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, pour n’en citer que quelques-uns.

Quelles sont les vertus du kendama ?

Le kendama apprend la coordination cérébrale et moteur, la coordination entre les yeux et les mains. Il favorise la concentration et la persévérance. C’est un jeu actif : plier les genoux est en effet une des clés pour « amortir » l’arrivée de la boule sur une des coupes ou sur le pic. Les enfants qui jouent au kendama reconnaissent d’ailleurs avoir fait des progrès dans leur pratique sportive.

Entrainement au kendama

Entrainement au kendama

L’Association Japonaise de Kendama (JKA) favorise l’utilisation du kendama comme jouet éducatif pour les nourrissons et pour les enfants. Elle encourage également son utilisation par les personnes âgées dans les maisons de retraite. Les membres de l’association organisent des cours dans tout le pays, ils se rendent notamment dans les universités pour enseigner le kendama à ceux qui étudient les disciplines telles que le bien-être social.

Depuis plus de 25 ans, Yoshiki Matsunaga, le président de l’association, propose un cours le samedi à Hino (Tokyo). À l’intérieur d’un établissement public, environ 20 élèves de tout âge se réunissent pour maîtriser les différentes techniques de kendama. Chaque cours commence par un regroupement en arc de cercle et le silence est de mise lorsque les élèves réalisent les mouvements et perfectionnent leurs techniques.

Enfin, le jeu est aussi utilisé comme entraînement pour les bras robotisés, car il requiert beaucoup d’adresse et de patience.

Comment choisir son kendama ?

C’est une question récurrente chez les joueurs débutants, en raison de la variété de kendamas qui sont disponibles dans le commerce. En fait, le choix de son premier kendama ne doit pas donner lieu à une prise de tête.

Les kendamas peuvent être fabriqués avec différents types de bois et la boule peut changer d’aspect en fonction de la peinture, du revêtement, du design. Vous devriez donc, avant tout, choisir votre kendama en fonction de votre couleur préférée, ou sélectionner celui vous plait le plus et correspond le mieux à votre personnalité. Question prix, comptez entre 15€ et 50€.

Les marques à privilégier sont :

  • Kendama USA
  • Sweets Kendamas
  • Shin Fuji
  • Kendama Co Zen

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Lorsqu’on me demande quel type de kendama est le meilleur, je répond qu’il n’y en a pas vraiment. Pour débuter, un kendama de grande taille est préférable car  il donne davantage de contrôle sur la boule. Mais au-delà de ce critère de taille, les kendamas sont assez similaires en termes de conception. Tout va dépendre de l’équilibre du joueur, de son agilité, de sa coordination œil-main, de sa patience et de sa persévérance. Plus vous jouez et plus votre kendama va « s’adapter » à votre style de jeu. Certains préfèrent les tamas brillants, d’autres les tamas sticky (agrippants). Certains préfèrent le bois d’érable, d’autres le padauk, d’autres encore le hêtre.

Comme je l’ai dit, choisir un kendama ne doit pas être trop difficile, cela doit rester un plaisir parce que c’est peut-être, et je l’espère, votre prochain hobby !